résumé | situation
| contexte géologique | sédimentation
& tectonique | morphologie
[résumé]
- Grotte active parcourue par un ruisseau et fonctionnant
comme exutoire d'un réseau karstique
souterrain.
- Phase originelle de karstification : 80 Ma
(fin de l'ère secondaire).
- Cavité dont la morphologie a été
déteminée par la disposition des couches géologiques.
[situation]
Les grottes de St-Béat se situent au nord du lac
de Thoune, près du hameau de Sundlauenen, à quelques kilomètres
à l'ouest d'Interlaken, au coeur de l'Oberland bernois. Elles appartiennent
à la chaîne bordière helvétique, en bordure
sud-est du Plateau
molassique.
[contexte géologique]
La région des Beatushöhlen
appartient à la chaîne bordière helvétique,
plus précisément à la chaîne la plus septentrionale
des Préalpes bernoises, en bordure sud-est du Plateau molassique,
que d'ailleurs elles (les Préalpes) ont chevauché
dans une phase tardive de l'orogenèse
alpine. La géologie régionale y est relativement simple.
Toute la chaîne montre un flanc penté régulièrement
(pendage
des couches de 15 à 30° vers le sud-est) ; cette dalle
monoclinale est traversée par une grande faille normale
longitudinale, la faille de Sundlauenen, qui s'étend du lac de
Thoune jusqu'au massif de la Schrattenfluh (dans l'Emmental) et abaisse
le compartiment SE de 100 m environ. C'est notamment à cause de
l'existence de cette faille que, bien que situées à proximité
du réseau des Sieben Hengste-Hohgant (le plus vaste de Suisse après
le Hölloch), les Beatushöhlen font partie d'un réseau
plus ou moins indépendant avec leur propre bassin
versant (9 km2), situé à l'ouest de la faille de
Sundlauenen.
La seule entrée connue de la grotte (à son point le plus
bas) est aussi la source de ce bassin versant.
[sédimentation
& tectonique]
Alors que l'Europe du Malm
était presque totalement ennoyée, on assiste pendant le
Crétacé
inf.(Valanginien
à Aptien)
à une phase de régression : le milieu de dépôt
est calme, profond et ouvert au Valanginien, et de moins en moins profond
au cours de l'Hauterivien.
Au Barrémien
moyen (Schrattenkalk inf.) s'installe une barrière récifale
à l'arrière de laquelle se forme une plateforme carbonatée.
Ce cycle crétacé se termine par un milieu inter
à supratidal.
Il s'en suit une période de retrait marin, comprise entre l'Albien
et l'Eocène, avec karstification du Schrattenkalk (calcaires Barrémien
à Aptien à faciès
urgonien).
A partir de l'Eocène,
des dépôts côtiers gréseux forment la Hohgant-serie
surmontée de dépôts de plus en plus pélagiques.
Plusieurs phases tectoniques ont pu être mises en évidence,
à l'échelle régionale :
- la première est intervenue du Crétacé à
l'Eocène ; elle est contemporaine du dépôt de la Hohgant-serie
(grès
et grès calcaire);
- la deuxième a été suscitée par les premiers
mouvements orogéniques
alpins
- enfin, l'ère quaternaire a connu trois phases tectoniques (on
parle de néotectonique),
dont une période d'extension.
Ces
divers mouvements ont entraîné l'ouverture d'une série
de failles parallèles à la direction des couches, ainsi
que des décrochements d'axe est-ouest ; puis, conséquence
logique, une modification des écoulements dans le karst : les galeries
originelles (fossiles) sont orientées SW-NE alors que les rivières
actives suivent une direction SE. D'où l'influence de la tectonique
locale sur l'évolution du réseau karstique.
Le bassin karstique de la Beatushöhle draîne la région
du Beatenberg. L'eau semble traverser le karst très verticalement,
puis s'écouler, selon la disposition des couches géologiques,
au-dessus ou le long du contact entre les calcaires à faciès
urgonien de Schrattenkalk (puissance : 200 m) et les marnes sous-jacentes
du Drusberg, tous deux légèrement inclinés vers le
SE.
[morphologie]
La situation structurale de la grotte, tout comme son bassin
versant (bassin karstique) propre, la distingue des autres grottes de
la région et a déterminé sa morphologie : pas de
puits, pas d'étroits méandres,
pas d'effondrements, mais une galerie active variée et peu étriquée.
Le réseau a été développé en régime
principalement noyé, ce qui explique les profils ronds à
elliptiques
visibles dans la majorité des galeries, pratiquement toujours parcourues
par un ruisseau.
Même s'il ne fait pas l'objet d'une description systématique,
le concrétionnement
des Beatushöhlen n'est point négligeable, puisqu'en parcourant
les galeries on tombe sur de superbes stalactites,
de toutes les couleurs (grâce notamment aux apports organiques),
ainsi que d'autres concrétions. La Koh-i-noor, célèbre
stalactite des Beatushöhlen, est vieille de 40'000 ans.
Du point de vue hydrographique, il faut savoir que la Beatushöhle
est parcourue, dans sa partie touristique, par un ruisseau dont le régime
peut être torrentiel en période de crues : il s'agit du Beatenbach,
dont le débit peut varier de 150 l/sec (étiage)
à plus de 750 l/sec (crues), ce qui donne un total annuel fluctuant
entre 3,5 et 5 millions de mètres cubes d'eau...
Un phénomène étonnant mérite enfin d'être
signaler : une source sous-lacustre, dont l'aire d'alimentation s'étend
jusqu'au massif de la Schrattenfluh (distant de plus de 20 km), donne
l'impression, en cas de crue, que le lac de Thoune est en ébullition.
